Les américains n’ont pas mangé de foie gras

En bon habitant de France vous avez dû déguster pour les fêtes de nombreux toasts briochés avec du foie gras dessus. Vous en mangez un, puis deux, puis trois … Ce n’est pas grave, vous vous dîtes, vous n’en mangez qu’une fois par an. Mais quels insouciants vous faîtes !  Pensez aux pauvres californiens, qui, eux, n’ont pas eu le privilège d’en manger librement ! Contraints de  tartiner les volets fermés. Est-ce que ce cher Arnold Schwarzenenegger – à l’origine de l’interdiction du foie gras en californie – ,  a-t-il lui aussi décidé de s’en priver ?  Pas si sûr. Une enquête est à mener (enfin si ma rédaction me paye le voyage en Californie). Ce qui est sûr par contre, c’est qu’en France nous ne sommes pas prêts de bannir le foie gras. Premier producteur au monde, nous en mangeons 300 grammes par an, soit au total près de 19 000 tonnes !!!! Les dirigeants agricoles en sont souvent les premiers défenseurs : « Moi si j’étais américain je mangerais du foie gras », s’est écrié l’un d’eux devant les caméras tel un révolutionnaire. Côté population non agricole, on s’offusque aussi. Comme l’humoriste Donel Jack’sman : « les Américains, c’est l’hôpital qui se fout de la charité (…) le foie gras, il fait quand même du bien à la gastronomie américaine parce que leur bouffe, c’est pas super !  ». Je vous laisse savourer la suite moi je vais "toaster".

Pas de priorité à la presse agricole

Alors quand arrive dans une conférence de presse où il y un homme de la république c’est toujours le même problème : il faut une « accred », accréditation en langage normal. Et là, l’attaché de presse (qui est souvent très maquillée et qui sent le parfum très fort) a tous les pouvoirs.

Elle : «  Quoiiiiii mais vous n’avez pas renvoyé le mail à machin-truc avant 16H, le 10 septembre ??? ».

Moi : « Euh non … je l’ai renvoyé à 18h »

Elle : «  Vous ne pouvez pas rentrer. »

Moi : « Quoiiiiiii ? Moi qui ai transpiré pour venir ici en courant, bravant les gars de la « sécu ». Je veux rentrer. C’est super important pour mon papier qui doit paraître d’ici une heure. »

Et là, on me fait comprendre, que je ne suis pas si importante. Bah oui, je suis de la presse agricole… Dans le même temps, une stagiaire d’une grande télévision nationale ET pas accréditée passe à côté de moi et rentre ! Comme ça l’air de rien. Grrr.

 N.B : Pour ne pas te laisser sur ta fin cher lecteur, au final, je finis par rentrer, mais on ne me laisse pas aller dans la salle où il y a les stars de la république sous prétexte que je n’ai pas LA gommette sur mon badge. Eternel recommencement

Un problème de poids

Café-croissant. Café-pain au chocolat. Café-brioche. La base du petit déjeuner de presse. Vous ne l’imaginez pas cher lecteur mais le journaliste donne de sa personne pour obtenir de l’info. Un évènement à annoncer, un bilan annuel à communiquer, un compte-rendu d’une réunion. Hop, tous les prétextes sont bons pour me convoquer à un petit déjeuner. Au début, ça a l’air très chouette car le journaliste avant d’être en poste a souvent été pauvre. Mais au final, des croissants tous les jours, ça pèse son poids … sur ma balance ! Après la campagne « un fruit pour la récré », à  quand « un fruit pour le petit déjeuner ? »

Gare aux limaces !

Lors d’une conférence de presse, on me parle d’un observatoire anti-limace. Hum. Je souris, intérieurement, je suis censé savoir ce que sait. Les autres journalistes ne bronchent pas.  Mon imagination se met en route. Un OAL ( je l’ai rebaptisé comme ça car l’agriculture adoooore les sigles),  c’ est un tas de limaces énormes, orange qui sortent d’une boîte et qu’un homme en blouse blanche regarde d’un air circonspect. Et bien figurez-vous que PAS DU TOUT (mais tu t’en doutais cher lecteur car tu es très intelligent) L’observatoire anti-limace c’est SERIEUX. Chaque semaine, des agriculteurs comptent les limaces qu’ils ont piégés dans leurs champs : les noires, les grises mais pas les oranges, je me demande bien pourquoi. Ensuite tous ces détails sont envoyés à des scientifiques. Et voilà, c’est ça un observatoire anti-limace.

Les soirées

soirée

Quand je vais en soirée et que je dis que je suis journaliste agricole. Cela déchaîne trois types de réaction :

-        Ah ouais t’as interviewé José Bové ?   Je réponds :  je l’ai déjà croisé… Je pense : Tu crois vraiment que l’agriculture se réduit à José Bové qui, aujourd’hui est député européen ?? ( C’est la question la plus courante, elle est posée quasiment par une personne sur deux )

-        Mais t’y connais quelque chose toi à l’agriculture ? Je réponds : C’est un peu technique au début mais j’apprends. Je pense : Et toi tu connais tout sur ton boulot ?

-        Aaah, il faut bien commencer par quelque chose avant de faire du vrai journalisme. Je réponds : Tu sais ca me plait vraiment l’agriculture. Je pense :  et toi sinon toujours au chômage après tes études ou je réponds rien et j’ai juste envie de renverser mon verre de punch sur ses pieds. (Malheureusement c’est souvent cette dernière option qui arrive)

La blague

7h du matin.  Petit dej’ à l’hôtel avant de retourner travailler sur un salon agricole. Je prends mon café avec son petit pot de lait à côté. Comme à la maison. Mes « confrères » arrivent avec leurs croissants, crêpes, œufs, saucisses (!). Y’a du choix. Et là, mon voisin de table me demande: « Je peux te prendre du lait ? »

Moi  : « Euh oui »

Lui : «  Je t’en demande avant qu’il ne soit trop cher »

Rires généralisés de la table

Si vous n’avez pas compris c’est normal, ça ressemble à une blague entre journaliste agricole.

Pour ceux qui veulent quand même comprendre : le prix du lait varie selon les cours du marché et au moment où on se parlait, le prix était à la hausse.

Ah ah.

Pour votre info cette vache là c’est une prim’holstein, une vache qui fait du lait 

Topo journalistique

On croit toujours que les journalistes maîtrisent tous les sujets. Que Nenni. En conférence de presse, on peut dresser plusieurs profils types. Il y a :

- Ceux qui posent toujours des questions où tu ne comprends jamais rien : « sur la volatilité des cours des matières premières, de la hausse des cours et puis de l’impact sur la filière animale, j’ai ma théorie. Mais là, n’est pas le sujet, je pense que vous devriez aborder en profondeur le sujet annexe aux matières premières, bla bla bla » Euh … ?

- Ceux qui sont hyper spécialisé : «  les façons d’inséminer peuvent être différentes selon si elles sont faites à la ferme ou…» Désolée j’ai pas compris la suite.

- Ceux qui ont vécu la guerre : « vu la situation de la filière il y a 30 ans, nous pouvons quand même admettre qu’aujourd’hui ca va beaucoup mieux »

- Et puis ceux (comme moi) qui lèvent la main fébrilement, se présentent, disent bonjour, et finalement posent une question que personne ne comprend, y compris l’interrogé. « Vous pouvez répéter ? ». Tous les regards de « la presse spécialisée » se tournent vers moi. Moment d’intense solitude mais je sais qui a chuchoté dans mon dos : « c’est un petit nouveau »

Et j’ai vu Thierry aussi

A la suite de François, il y avait Thierry, l’agriculteur le plus en vogue en ce moment. Lui, il passe sur une télé connue pour ses émissions de télé réalité et regardées par beaucoup de ménagères et de ménagers (bah oui la parité). Moi-même, je suis une bonne spectatrice de l’émission qui permet la rencontre d’agriculteurs et de gens qui n’ont (aux choix) : jamais vu une vache, habite à Paris ou sont sans emploi et veulent la célébrité.  Donc quand je vois Thierry, je le photographie. En plus, avec lui c’est beaucoup plus facile qu’avec François. Il sourit, il pose, il est une nouvelle star quoi. Mes collègues me demande : mais c’est qui lui ? Ah là là, des milliers de français le connaissent et pas eux. Pourtant, un journaliste doit "être curieux de tout" m’a-t-on répété en cours. Bon j’avoue ma curiosité n’est peut-être pas toujours au service de l’info.

Aujourd’hui, j’ai vu François

François regarde-moi. François je suis là. On lève les bras, on s’agite, mais on n’arrive pas à l’avoir cette photo de François. Et puis, si t’as pas le petit gilet orange, en plus de la superbe accréditation de l’Elysée, pas question de l’approcher le François. Certains sont très très frustrés de ne pas avoir eu leur « chasuble » pour être dans le « pool » (oui c’est comme ça qu’on dit entre « confrères »). Un journaliste d’une télévision regardée par la majorité des français normaux est même allé jusqu’à me dire : «  tu me donnes ton tabouret, je suis une grande télé ». Ce à quoi je lui ai répondu : «  et moi je suis de la presse agricole ». Non mais. Les agriculteurs aussi ont le droit d’avoir une vue de François.

Regardez bien sur la photo, on voit le crâne de François